
La formation historique de l’Argentine moderne est intrinsèquement liée, d’une part, à la conquête et à la colonisation d’immenses territoires autochtones entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle et, d’autre part, à l’immigration massive d’Européens à cette même époque. Ce double événement instaure l’idée d’une «Argentine, pays sans Indiens», c’est-à-dire un ensemble de discours, de pratiques et de valeurs qui s’ancrent dans les institutions et la réalité, constituant un imaginaire d’exception par rapport au reste de l’Amérique latine (à l’exception de l’Uruguay). Face à cette Argentine officielle, tendanciellement blanche et européanisée, se dessinent les politiques indigénistes: un ensemble de procédures visant à «mettre sous tutelle l’Indien», ce qui implique son effacement physique et/ou culturel comme condition de
son argentinisation en tant que travailleurs, colons et «citoyens». Dans cette conférence, Axel Lazzari explore, dans les
grandes lignes les prémisses idéologiques, les cadres institutionnels et juridiques, ainsi que les pratiques de l’indigénisme argentin entre 1880 et 1955. Contrairement à d’autres pays d’Amérique latine où le «problème indigène» était presque équivalent au «problème national», en Argentine, il s’est toujours agi d’une question marginale. Néanmoins, un regard plus attentif au niveau local et microphysique, permet d’identifier quatre courants indigénistes qui rendent compte à la fois de la diversité interne du monde autochtone post-conquête et des conflits et divergences entre les agents indigénistes. S’y ajoute le rôle clé des autochtones eux-mêmes en tant qu’agents historiques qui résistent et négocient avec les pouvoirs locaux et nationaux. Explorer l’histoire de l’indigénisme d’un «pays sans Indiens» revient à requestionner les imaginaires nationaux centrés sur la blanchité européanisée (aujourd’hui à nouveau en vogue), en redécouvrant les textures du «middle ground» et,
surtout, la capacité de (re)action des autochtones eux-mêmes.
Axel Lazzari est chercheur indépendent auprès du CONICET et Professeur à l’Escuela Interdisciplinaria de Altos Estudios Sociales (EIDAES), à l’Université Nationale de San Martín, directeur du Programa de Estudios de Antropologias en Contacto (PEAAC), et membre fondateur de la Red de Investigaciones en Antropologías Argentinas y Latinoamericanas (RIASAL). Il est détenteur d’un doctorat en Anthropologie de l’Université de Columbia (2010) et d’une maîtrise en Anthropologie Sociale de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro (1996).
Son expérience va des études autochtones à l’anthropologie politique en passant par l’ethnohistoire, et il mène actuellement des recherches en histoire de l’anthropologie
argentine.
Il est l’auteur de “La vuelta de los ranqueles. Una reemergencia indígena en América Latina” (Sb, 2024, 2e édition, non traduit) et a publié dans nombre de revues nationales comme internationales. Il a aussi contribué à des ouvrages collectifs et publié un corpus de ressources éducatives sur les peuples autochtones d’Argentine.
https://www.conicet.gov.ar/new_scp/detalle.php?keywords=&id=37504&datos_academicos=yes
https://unsam.academia.edu/AxelLazzari